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Episode n°8 – De #SciencesPorcs à CentraleSupélec : où en est-on des violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur ?

Nous sommes début février 2021 quand déferle dans la messagerie privée du compte Instagram @memespourcoolkidsfeministes d’Anna Toumazoff, militante féministe, des centaines de témoignages d’étudiantes des d’Instituts d’études politiques dénonçant des faits de violences sexistes et sexuelles ayant eu lieu dans le cadre de leurs études. Rapidement dépassée par l’ampleur des témoignages reçus, elle propose aux étudiantes qui le souhaitent de diffuser leur témoignage sur Twitter à l’aide d’un nouvel hashtag : c’est ainsi que le mouvement #SciencesPorcs était né.  

La question des violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur fut alors largement couverte, par la presse généraliste comme féministe, forçant les administrations des IEP, avec des degrés de volonté politique différents, à reconnaître que, non, tout n’allait pas bien chez eux.  

Pendant l’année qui s’est écoulée, de nombreuses autres révélations, le plus souvent par voie de presse, se sont succédé et ont dépassé le cadre des IEP, dévoilant ainsi le caractère systémique d’un phénomène concernant l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur : les universités, les écoles de commerce, les écoles d’ingénieur… 

Début octobre, suite aux révélations d’une enquête interne menée au sein de l’école CentraleSupélec faisant état de centaines de cas d’agressions sexuelles et de viols s’étant produit durant l’année scolaire 2020-2021 et l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet d’Evry, le gouvernement s’empare du sujet : un plan d’action est annoncé le 15 octobre dernier, composé de 21 mesures et articulé autour de quatre axes : formation, renforcement des dispositifs de signalement, communication renforcée et valorisation de l’engagement des étudiant·e·s sur ces sujets. 

Alors que, d’après une étude réalisée en 2020 par l’Observatoire étudiant des violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur, 34% des étudiant·e·s déclarent avoir été victimes ou témoins de violences sexuelles, de nombreuses questions se posent : 

Les violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur constituent-elles un phénomène nouveau ? Pourquoi n’en parle-t-on publiquement que depuis très récemment ?  Quelles formes prennent ces violences ? Quels facteurs les rendent possible et qui en sont les auteurs ?  Quel impact ont-elles sur les personnes victimes mais également sur le reste de la communauté étudiante ?   Enfin, quelles sont les responsabilités des administrations face à ces violences ?   Et surtout, comment y met-on fin ?  

Pour tenter d’apporter des pistes de réponses à l’ensemble de ces questions, nous avons interviewé 5 expertes aux profils variés. 

Charlotte Caillat, en 4ème année à  l’ESSEC et en première année de master d’histoire de l’art à l’ENS. Elle a commencé à travailler sur la question des violences sexistes et sexuelles  à son arrivée en école de commerce, notamment sur un plan d’actions présenté à l’administration en décembre 2020. En janvier 2021, elle créée avec une autre camarade, Les Méduses, un collectif d’action et de réflexion autour des violences sexistes et sexuelles. 

Marine Dupriez, créatrice de  Safe Campus, organisme  qui accompagne des établissements du supérieur dans la prévention des VSS. 

Esther Meunier, journaliste.  Esther travaille particulièrement sur les droits des femmes avec un focus sur les violences sexistes et sexuelles et les droits sexuels et reproductifs Ancienne étudiante de Sciences Po Paris, elle a couvert le mouvement #SciencesPorcs lorsqu’il a émergé en début d’année 2021. 

Marie-Agnès Palaisi, professeure des universités à l’université de Toulouse Jean-Jaurès et spécialiste de littérature des femmes et LGBTQI+ au Mexique et d’études genre. Depuis 2016, elle est chargée de mission égalité femmes-hommes et lutte contre le harcèlement sexuel et les discriminations liées au genre au sein de cette même université.