Expertes Genre

TRIBUNE – Forum Génération Égalité : M. Macron, engagez-vous à financer l’éducation des filles !

Sonia Bonnabry

Métier Associée gérante - Lexcom

Éliane de Latour

Recherche Directrice de recherche - CNRS (Centre national de la recherche scientifique)

Fatma Bouvet de la Maisonneuve

Métier Psychiatre - Hôpital Sainte-Anne et cabinet libéral

Gabrielle Bouleau

Recherche Chercheuse - INRAE ( l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement)

Julie Billaud

Recherche Professeure associée - Institut des Hautes Etudes Internationales et du Dévelopement

Marion Guillou-Charpin

Recherche Présidente - Agreenium (Consortium national pour l'agriculture, l'alimentation, la santé animale et l'environnement)

Laurence Coiffard

Recherche Professeure - Université de Nantes (Nantes) - France

Emmanuelle Saulnier-Cassia

Recherche Professeure agrégée de droit public - Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Sylvie Gendreau

Métier Directrice - Les Cahiers de l'imaginaire

Françoise Robin

Recherche Professeure des universités - Institut national des langues et civilisations orientales

Julie Rozenberg

Métier Économiste - Banque mondiale

Florence Pinot de Villechenon

Recherche Professeure chercheuse - ESCP Business School

Camille Laville

Recherche Maîtresse de conférences - Université Nice Sophia Antipolis

Isabelle Collet

Recherche Professeure - Université de Genève

Marie-Marthe Padovani

Métier Associée - ARTOIS AVOCATS SELAS (groupement de droit privé)

Sophie Barniaud

Métier Associée gérante - Carenews

Marie Delaplace

Recherche Professeure Emérite - Université Gustave Eiffel

Marine Friant-Perrot

Recherche Maîtresse de conférences - Université de Nantes (Nantes) - France

Bénédicte Halba

Recherche Directrice de recherche - Iriv (Institut de recherche et d'information sur le volontariat)

Sophie A. de Beaune

Recherche Professeure - Université Jean Moulin Lyon 3

A l’occasion du Forum Génération Égalité, rassemblement mondial pour l’égalité de genre qui s’ouvre aujourd’hui à Paris, la France doit s’engager pour financer l’éducation des filles, l’un des remparts les plus efficaces contre les violences sexuelles et sexistes.

Nous, Jeunes Ambassadeur.rice.s de l’ONG ONE, avons un message pour vous.

L’éducation est un droit, pas un privilège. Pourtant, nous sommes confronté·e·s à une crise sans précédent qui menace cet acquis fondamental. Avant la pandémie, dans les pays à faible revenu, 90% des enfants de 10 ans n’étaient pas capables de lire ni comprendre une histoire simple[1] –un âge critique où ils et elles passent du stade apprendre à lire à lire pour apprendre, prérequis nécessaire à une scolarité de qualité.

Des barrières d’accès à l’éducation aggravées par la pandémie 

Le Covid-19 a aggravé une situation déjà fort préoccupante. Au pic de la pandémie, près de 90% des écoles du monde ont fermé leurs portes pour limiter la transmission du virus[2]. Comme souvent, les femmes et les filles ont été les grandes perdantes de la crise. Avant 2020, près de 130 millions de filles n’étaient pas scolarisées[3]. En raison des mesures sanitaires adoptées par les pays touchés, ce sont 20 millions de filles supplémentaires qui risquent de ne jamais revenir sur les bancs de l’école[4]

Les filles continuent d’être discriminées à cause de leur genre, en particulier dans les pays en développement. Les freins à leur éducation sont multiples et ont été accentués par la pandémie. 

L’éducation des filles est donc un levier essentiel et efficace pour endiguer les violences basées sur le genre.

La pauvreté est sans doute le facteur le plus déterminant : les familles en situation d’extrême pauvreté ne peuvent pas payer les frais de scolarité de leurs enfants. Quand elles le peuvent, elles privilégient souvent l’instruction de leurs garçons à celle de leurs filles. Pendant l’épidémie d’Ebola, de nombreuses filles ont ainsi été obligées de travailler pour assurer la substance de leur famille et ne sont jamais retournées à l’école, même quand les établissements ont rouvert[5]. Leur éducation n’était plus jugée prioritaire. Cette réalité fait écho à la célèbre citation de Simone de Beauvoir : “N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que [l’accès] des femmes à [l’éducation] [soit] remis en question.” 

Le cercle vertueux de l’éducation contre les violences faites aux femmes et aux filles 

Or, lorsque l’on est femme, il existe une corrélation très claire entre niveau d’éducation et propension à subir des violences sexistes et sexuelles. La non-scolarisation des filles a des conséquences dramatiques sur la vie de chacune d’entre elles, mais aussi sur le développement de leur communauté et de leur pays tout entier. 

À titre d’exemple, les grossesses et mariages précoces sont à la fois une cause de décrochage scolaire et une conséquence du manque d’instruction. Avec le Covid-19, il a été estimé qu’un million de filles en Afrique subsaharienne sont tombées enceintes pendant les confinements, les contraignant à quitter définitivement l’école[6]. Ces grossesses découlent souvent de mariages précoces et forcés, de violences sexuelles et du non-accès à la contraception et à l’avortement. Selon l’UNICEF, les mariages d’enfants, qui affectent les filles de manière disproportionnée, sont étroitement liés à de faibles niveaux d’éducation et motivés par la pression économique[7]. Bien que ces unions aient diminué ces dernières années, l’UNICEF estime que 10 millions de filles supplémentaires risquent de devenir jeunes épouses en raison de la pandémie[8]. Ces filles sont généralement déscolarisées pour subvenir aux besoins de leur mari, s’occuper des tâches ménagères et de leurs enfants. 

Tout comme les mariages précoces, les Mutilations Génitales Féminines (MGF) sont liées à un faible niveau d’instruction. Au Burkina Faso, par exemple, les femmes sans éducation sont plus de 4 fois plus nombreuses à avoir subi des MGF et un mariage précoce que celles qui ont bénéficié d’un enseignement secondaire ou supérieur[9]

Enfin, le manque d’éducation a un impact direct sur la santé des femmes et celle de leurs enfants. Une femme non scolarisée aura plus de difficultés à accéder aux recommandations de santé et à suivre les conseils de prévention et de soins. Un·e enfant né·e d’une mère qui sait lire a 50% de chances supplémentaires de survivre après l’âge de 5 ans[10]

Monsieur le Président de la République, il est temps d’être à la hauteur de votre promesse, celle de faire de la France un pays avec une véritable diplomatie féministe !

L’éducation des filles est donc un levier essentiel et efficace pour endiguer les violences basées sur le genre. Une fille qui va à l’école pourra plus facilement devenir autonome, connaître ses droits et prendre les décisions qui concernent son corps et sa vie.

Comme toutes les luttes féministes, l’éducation des filles n’a pas besoin de belles paroles mais bien de financements pour amorcer un changement concret et significatif. Lors du Forum Génération Égalité qui se tient du 30 juin au 2 juillet 2021, les chef·fe·s d’État, dont Emmanuel Macron, auront l’opportunité d’annoncer leurs engagements financiers en faveur de l’éducation. Monsieur le Président de la République, nous avons un message pour vous : il est temps d’être à la hauteur de votre promesse, celle de faire de la France un pays avec une véritable diplomatie féministe !

Agissez pour ces femmes et ces filles dont le destin n’a pas encore été choisi pour elles, dont l’avenir reste à écrire. Agissez en mémoire de celles qui n’ont pas eu cette chance, de leurs corps meurtris, de leurs vies perdues et de leurs voix tues.

Cette tribune a initialement été publiée sur le site du Huffington Post.