Expertes Genre

Trois questions à Jena Selle, artiste et activiste LGBTQIA+

Sonia Bonnabry

Métier Associée gérante - Lexcom

Éliane de Latour

Recherche Directrice de recherche - CNRS (Centre national de la recherche scientifique)

Fatma Bouvet de la Maisonneuve

Métier Psychiatre - Hôpital Sainte-Anne et cabinet libéral

Gabrielle Bouleau

Recherche Chercheuse - INRAE ( l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement)

Julie Billaud

Recherche Professeure associée - Institut des Hautes Etudes Internationales et du Dévelopement

Marion Guillou-Charpin

Recherche Présidente - Agreenium (Consortium national pour l'agriculture, l'alimentation, la santé animale et l'environnement)

Laurence Coiffard

Recherche Professeure - Université de Nantes (Nantes) - France

Emmanuelle Saulnier-Cassia

Recherche Professeure agrégée de droit public - Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Sylvie Gendreau

Métier Directrice - Les Cahiers de l'imaginaire

Françoise Robin

Recherche Professeure des universités - Institut national des langues et civilisations orientales

Julie Rozenberg

Métier Économiste - Banque mondiale

Florence Pinot de Villechenon

Recherche Professeure chercheuse - ESCP Business School

Camille Laville

Recherche Maîtresse de conférences - Université Nice Sophia Antipolis

Isabelle Collet

Recherche Professeure - Université de Genève

Marie-Marthe Padovani

Métier Associée - ARTOIS AVOCATS SELAS (groupement de droit privé)

Sophie Barniaud

Métier Associée gérante - Carenews

Marie Delaplace

Recherche Professeure Emérite - Université Gustave Eiffel

Marine Friant-Perrot

Recherche Maîtresse de conférences - Université de Nantes (Nantes) - France

Bénédicte Halba

Recherche Directrice de recherche - Iriv (Institut de recherche et d'information sur le volontariat)

Sophie A. de Beaune

Recherche Professeure - Université Jean Moulin Lyon 3

Jena Selle est assistante de direction et activiste sur les questions LGBTIQIA+. Elle anime deux podcasts sur ces sujets : « Nos Voix Trans » et « un Podcast Trans ».

A l’occasion du Forum Génération Égalité (FGE) qui se tient du 30 juin au 2 juillet à Paris, Jena Selle nous a partagé son engagement militant, notamment en faveur de la PMA pour tou·te·s et de la prise en compte des besoins et des préoccupations de la communauté LGBTQIA+ lors d’évènements tels que le FGE.

Expertes Genre : Vous animez depuis fin 2020/ début 2021 « Nos Voix Trans » et « un Podcast Trans ». Qu’est-ce qui vous amenée à créer ces deux podcasts ? De quoi parlent-ils ?

Chronologiquement, « Un podcast Trans » a été créé en premier, en octobre 2020, à l’initiative d’une amie, Niléane Dorffer. L’idée était de rendre compte de ce que cela donnerait si on pouvait écouter une conversation téléphonique dans un groupe de personnes trans et que cette conversation soit la plus anodine possible, pour que le public puisse constater que les personnes trans ne parlent pas que de leur transidentité. Cela donne des conversations qui sont en général assez joyeuses, bien que pas tout le temps, sur des sujets très variés : la culture, la vie quotidienne, etc. Parfois, la transidentité vient dans la conversation parce qu’elle fait forcément partie de nos vies mais ce n’est pas le cœur du sujet.

L’autre podcast que j’anime s’appelle « Nos Voix Trans ». Il a été lancé en février 2021. J’ai voulu y aborder des sujets plus sérieux, plus intimes, en demandant à une personnes trans, et en particulier à une personne trans militante ou ayant milité dans le passé, comment elle vit, quel a été son parcours jusque-là, comment elle a découvert sa transidentité. En général, cela nous permet de constater le manque de représentativité des personnes trans dans les médias, que ce soit les médias journalistiques ou la fiction. Si elle le souhaite, on aborde son parcours de transition et on passe beaucoup de temps à détailler comment elle prend soin d’elle, comment elle fait pour rester en état de militer après tous les débats face à des personnes transphobes, les coming-out à la famille etc.

Dans « Un podcast trans », je suis là en tant que « moi », en tant que personne passée dans un parcours de transidentité, mais aussi en tant que personne militante, en tant que personne ayant une vie professionnelle.

Dans « Nos Voix Trans », mon rôle est plutôt d’être un porte-voix pour quelqu’un·e d’autre, donc j’essaye de ne pas me mettre en avant.

Expertes Genre : Vous êtes engagée en faveur de l’accès à la procréation médicalement assistée pour tou·te·s. Le 29 juin dernier, la loi bioéthique a été adoptée par le Parlement dont une mesure ouvrant droit à la PMA à toutes les femmes cisgenres (ndlr : dont l’identité de genre correspond au genre assigné à la naissance), dont les femmes célibataires et les couples de femmes. Comment percevez-vous l’adoption de cette mesure ?  

L’ouverture de la PMA à toutes les femmes cis est une victoire, mais comme ce fut le cas avec la loi sur le Mariage pour tou·te·s en 2013, il s’agit d’une victoire partielle. C’est-à-dire, une victoire seulement pour une partie de la population qui exclue une autre partie de la population. Il a fallu donner des gages à la droite catholique, ce qui s’est fait au détriment des personnes transgenres et c’est une grosse déception. La loi bioéthique autorise la procréation médicalement assistée pour les femmes célibataires et les couples de femmes cisgenres. Cependant plusieurs questions n’ont pas été abordées, notamment celle d’une réforme nécessaire de la filiation mais également la protection des personnes, et en particulier des enfants, intersexes qui elle non plus n’a pas été pris en compte.

L’ouverture de la PMA à toutes les femmes cis est une victoire, mais comme ce fut le cas avec la loi sur le Mariage pour tou·te·s en 2013, il s’agit d’une victoire partielle.

JENA SELLE, ARTISTE ET ACTIVISTE LGBTQIA+

Expertes Genre : Le Forum Génération Égalité, rassemblement mondial pour l’égalité de genre organisé par ONU Femmes et co-présidé par le Mexique et la France célébrant les 25 ans de la Déclaration de Beijing, se déroule du 30 juin au 2 juillet. Considérez-vous que les voix des personnes actives dans les luttes LGBTQIA+ sont suffisamment entendues et écoutées dans le cadre de tels évènements ? Quelles pistes pour que celles-ci le soient davantage ?

Par principe, on n’entend jamais suffisamment les voix des minorités. Particulièrement sur les sujets traités par ONU Femmes, la rédaction même des documents produits par cette organisation est, en général, extrêmement cis-centré (ndlr : ne prenant en compte que les besoins et réalités des personnes dont l’identité de genre est conforme au sexe qui leur a été assigné à la naissance), ne tient compte des réalités de la transidentité uniquement quand le document est consacré à ce sujet. Et ça, c’est un biais que beaucoup d’institutions ont, au niveau gouvernemental comme associatif. Alors que les femmes trans sont des femmes comme les autres, qui ont aussi des problèmes de santé sexuelle et reproductive, de sécurité, de harcèlement de rue, etc. De fait, elles devraient aussi avoir une place dans ces discussions-là. Il faut donc inclure plus de de personnes qui ne sont pas cis, qui ne sont pas hétérosexuelles, de personnes non blanches, de personnes qui n’ont pas de papiers. Garder en tête en permanence, la question : « nous sommes autour de la table ou dans une conversation Zoom, est-ce qu’on se ressemble tou·te·s ou présente-t-on des différences ? »

Par principe, les quotas sont mathématiques donc ce n’est pas une solution que je considère optimale mais il faut bien admettre que la parité est considérée comme une victoire en termes politiques donc, sans aller jusqu’à des quotas mathématiques, s’assurer systématiquement d’avoir fait un effort au moment de la constitution du panel, du festival, de qui sera sur scène pour ne pas qu’on se ressemble toutes, me semble être un premier pas essentiel.